Quand Marie a décidé, il y a six semaines, d’écrire un livre sur son enfance et son adolescence au...
Marzi : L’enfance en BD au cœur de l’Histoire
Raconter son enfance est un exercice intime et puissant. Le faire sous forme de bande dessinée, c’est encore plus audacieux. C’est pourtant ce qu’a accompli Marzena Sowa avec Marzi, une autobiographie dessinée qui nous plonge dans la Pologne des années 1980, vue à travers les yeux d’une enfant. Ce récit d’enfance, raconté avec sincérité et talent, nous embarque dans un quotidien à la fois ordinaire et historique, au rythme des souvenirs de Marzi et des bouleversements d’un pays en pleine mutation.
Marzena Sowa - https://www.instagram.com/marzenasowa_/
Une enfance comme les autres… ou presque
À première vue, l’histoire de Marzi pourrait être celle de n’importe quelle enfant. Une famille dans un appartement standardisé, des jeux avec les amis dans l’escalier, les week-ends au jardin ouvrier, l’école et le catéchisme… Mais très vite, on comprend que son quotidien est marqué par les particularités d’un pays sous régime communiste. Les pénuries, les files d’attente interminables aux magasins, les slogans officiels omniprésents. Même les événements les plus simples prennent une dimension sociale : l’achat massif de réfrigérateurs russes par tout un quartier en une nuit ou l’obligation de défiler le 1er mai sous l’œil des autorités.
À travers les souvenirs de Marzi, on découvre une réalité que nous, lecteurs, percevons comme une page d’Histoire, alors que pour elle, c’était simplement sa vie. Solidarnosc, Jean-Paul II, les tensions grandissantes entre le peuple et le régime… autant de faits historiques qui forment l’arrière-plan de son quotidien. Marzena Sowa réussit à nous faire ressentir à la fois l’innocence de l’enfance et le poids d’un système en train de vaciller.
Une autobiographie en bande dessinée : un pari ambitieux
Raconter son histoire personnelle dans une BD est un exercice exigeant. Il faut structurer le récit comme un livre, tout en intégrant une narration visuelle forte. Le dessin ne se contente pas d’illustrer les faits, il les met en scène, leur donne un ton, une ambiance. Le duo Marzena Sowa au scénario et Sylvain Savoia au dessin fonctionne à merveille : un style simple mais expressif, des compositions de pages claires, une mise en scène fluide. Une astuce particulièrement efficace a été d’inclure une photo de l’autrice aux côtés de ses souvenirs dessinés, ancrant ainsi le récit dans une réalité tangible et permettant au lecteur de mieux s’identifier.
Ce choix me fascine, car il pose une question essentielle à tout projet biographique : comment partager son vécu sans perdre son intimité ? Écrire sur soi, c’est s’exposer. Il faut une immense confiance en son histoire, et en soi-même, pour la livrer au regard du monde. La sincérité de Marzi est une vraie leçon de partage.
Partager ou taire ses souvenirs ?
Je ne sais pas s’il est plus facile de raconter sa vie quand on est artiste, mais Marzi prouve qu’un récit personnel peut toucher un public bien plus large qu’on ne l’imagine. Cette autobiographie en BD nous montre que l’Histoire ne se vit pas seulement dans les livres scolaires, mais aussi dans les souvenirs d’enfance, dans les détails du quotidien, et dans les histoires qu’on choisit – ou non – de raconter.
Et vous, seriez-vous prêt à raconter votre enfance ?
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